Rencontre des plus violente.

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Inde - Bénarès, la Mère Gange.
de Ben, le 09-04-2007

Rencontre des plus violente.

Sunauli. Passage de la frontière entre le Népal et l’Inde. Je reste encore un peu ici, au Népal. A 20 mètres de la frontière. J’entre dans un petit restaurant et je vide mes poches des quelques roupies népalaises qui me reste pour m’acheter trois chappattis, ces galettes de farine cuites sur des briques. J’hésite pour entrer en Inde. En fait je suis mort de trouille. J’ai peur tout simplement de ce que je vais y voir, de ce que je vais y vivre.

J’ai rencontré quelques voyageurs sur mes routes en Afrique. Je les ai vu pleurer et me dire que l’Afrique c’était vraiment trop difficile à supporter pour eux. Bien plus difficile que l’Inde qu’ils connaissaient. Et moi en Afrique, je m’y sens bien. Alors je fais tamponner mon passeport, quitte le Népal et j’entre en Inde.

Mes trois premiers jours seront plutôt tranquilles dans cette riche region de l’Uttar Pradesh. Les blés vont prochainement être battus. Il fait très chaud et tout le monde attend la saison des pluies. Ca rend les gens dingues la chaleur, le vent. La route reste cependant assez dangereuse et je suis parfois oblige de me jeter dans les bas-côtés pour éviter les camions qui doublent en face.

Et puis j’arrive à Varanasi (Bénarès).

Je ne crois qu’entrer dans ce pays et commencer par cette première grande ville pour s’immerger dans l’Inde, soit la meilleure chose que j’ai pu faire sur ce voyage. Ce n’est certainement pas le meilleur endroit pour entrer en contact, en douceur, avec l’Inde. C’est assez choquant. Violent même. Je marche le long des gaths.

Varanasi. La cite de Shiva, Dieu destructeur et créateur. La ville certainement la plus sainte de toute l’Inde. Les Hindous viennent de tout le pays pour y absoudre leurs pèchès en se plongeant dans la Mère Gange. Ils viennent aussi ici dans l’espoir d’y mourir. Car mourir a Bénarès, permet de d’atteindre le Moksha, l’interruption du cycle des réincarnations. Lieu de passage entre le monde physique et spirituel.

Et sur ces gaths, j’assiste a tout. Les gens se déshabillent et descendent dans le Gange y faire leurs ablutions. D’autres se rasent ou lavent leur linge. Les saris sèchent au soleil sur les marches des gaths. Des bûchers sont allumés et des corps sont brûlés sous le regard perdu des Saadus. Des lépreux, mendiants, mutilés, vieilles femmes, aveugles, enfants, me demandent l’aumône. C’est trop. Je m’isole quelques heures dans le silence de ma chambre. J’ai besoin de me retrouver, de retrouver mes repères dans ce monde si différent du mien, si difficile à comprendre. Je ne peux qu’être spectateur et rester très en dehors de tout cela. Comment saisir une telle croyance ? Une telle philosophie de vie ? Toutes ces règles, ces rituels, ces mœurs, toute cette vie tournée vers Shiva. Vers l’hindouisme…


Je ferme les yeux et je m’endors. Je rêve de l’Inde. Elle me possède, me hante. Je revois dans ma nuit tous ces visages. Tous ces gens que j’ai croisé me reviennent. Les regards profonds des Saadus maquillés. Ces gens qui jettent au Gange ces colliers de fleurs en offrandes. Les corps qui apparaissent dans la transparence des saris mouillés. Les vaches sacrées qui flottent, toutes gonflées, dans les eaux du fleuve. Les chauffeurs des rickshaws fatigués, qui essayent de se frayer un passage entre la foule. Cette vieille aux grosses lunettes qui attend de mourir ici. Ce corps au milieu de la rue, enveloppé dans cette étoffe jaune qui attend d’être brûlé.

La vie ici. La mort là-bas.

Et les eaux de la Mére Gange qui s’écoulent éternellement et qui transportent tout cela. Les cendres, la crasse, les égouts, la vie, la mort, la merde, les vaches sacrées mortes, les pétales de fleurs…

Et c’est comme ça depuis toujours. Depuis que l’Inde est l’Inde et le monde est monde. L’odeur de l’encens, le son des cloches des temples qui résonnent dans toute la ville. Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter tout seul le poids de cette route devenue tout a coup trop difficile. J’essaye de me détacher. D’être parfois aussi cruelle que cette même Inde. Mais c’est difficile de détourner son regard sur des enfants nus qui barbotent dans les égouts de la ville ou sur ce lépreux qui me sollicite en me tapant sur l’épaule. Ce voyage me marquera, a vie, je le sais maintenant. Je ne veux cependant pas en rentrer abîmé. Demain je reprends ma route vers Allahabad, une autre ville sainte. J’espère y trouver plus de calme en allant vers le désert du Rajasthan… Mais déjà, il va me falloir du temps pour digérer cette première rencontre.


A bientôt. Ben et l’Endurance.

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Commentaires sur cet article
emman
Où en êtes vous Ben ?
Emmanuelle
 
Emmanuelle
Bon courage Ben.
J'ai lu votre témoignage avec attention. IL correspond d'ici à l'idée que je me fais de l'Inde et à ce à quoi je serai confrontée d'ici quelques mois.
Facile à dire très certainement, mais je crois qu'il faut se blinder fermement.
Je ne sais pas où vous en êtes mais j'espère que votre voyage est plus supportable.
Je serais interessée de savoir comment cela se passe dans les zones plus rurales...
Bon courage, il faut tenir bon.
Emmanuelle
 

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