Agra, regard sur Varanasi (Benarès).

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Inde - Pushkar
de Ben, le 18-04-2007

Agra, regard sur Varanasi (Benarès).

Immersion en Inde...

Le voyage est long. Avant de partir, j’avais beaucoup d’appréhensions. Qu’allais-je rencontrer comme peurs ? La faim, la soif, la peur de dormir tout seul n’importe où, des problèmes matériels ou physiques… La difficulté de cette route réside ailleurs. Le plus difficile est d’affronter la solitude. La misère, le desarroi, le vide dans les yeux des enfants, d’ici et là dans ce monde. La solitude est pour autant ma meilleure alliée. Avec elle, je ne me perds pas. J’ecoute autour de moi car je suis disponible et concentré. J’ecoute et je cherche. La solitude est utile. On ne voyage pas tout seul comme on voyage à deux, à plusieurs. Seul on va à la rencontre. A Agra, j’ai ce passage à vide, ces doutes des longues routes. La maladie fait douter sur le reste. Et puis le Pakistan essuye actuellement tellement d’attentats… Mais l’Inde est tellement épuisante. Elle te prend toute ton energie. Sollicite tous tes sens. Toujours aux aguets pour ne pas heurter une moto-rickshaw, un vélo, un camion, un trou dans la route, une vache sacrée. L’Inde grouille. Une fourmilière où il faut trouver sa place.

Je m’y sens mieux aujourd’hui. Mon arrivée à Bénarès restera gravée pour toujours dans ma mémoire. Entre l’envie dejà d’y retourner et le « plus jamais ». Oui l’inde est bouleversante. Peut-être comme un Dieu. Bonne et mauvaise. Douce et cruelle. Sauvage et attirante. Hospitalière et repoussante…


Impressions

La porte de l’avion s’ouvre. Une odeur me saisit dans la moiteur de l’air. Une chaleur épaisse m’arrête sur le pas de la porte. Toute l’odeur d’un pays me prend aux trippes. L’odeur des marchés. Du poisson. De la mer. Des camions dans ces grandes gares routières. Les égouts. Les cantines et le linge qui sèche. L’odeur des troupeaux de moutons qui passent dans les rues. Une odeur aux mille facettes de tout ce qu’un pays peut transpirer. Une odeur inoubliable. Et je me plonge dans cette vie. Dans ce monde. Je ne l’accepte pas d’abord. Je le déteste et il me révolte. Je veux rentrer.

Les voyages ont ce pouvoir de reveler nos plus profondes émotions. On s’aperçoit alors de ce qu’on peut supporter. La limite de l’acceptable. La limite du supportable si on se réfère à nos repères, nos critères du bien et du mal, à notre facon occidentale de juger et de percevoir les choses.

Je n’accepte pas cette misère. Je n’accepte pas cette resignation qu’ont les gens. Je n’accepte pas cette mort si présente, tous ces gens qui d’un jour à l’autre, comme ça, partent trop jeunes dans l’autre monde.

Et puis, en même temps, je suis admiratif de la fierté de ce peuple. De sa force. De l’espoir que l’on peut lire dans les yeux des Hommes. Je suis admiratif de cette solidarité, de cette organisation sociale et familiale. Cette faculté d’adaptation pour vivre ici et survivre là-bas. Pour tout réparer quand nous, nous jetons ce qui ne marche plus… De s’entasser dans les voitures pour reduire les coûts de transports. On monte un plat pour quelques francs et ainsi nourrir une vingtaine de personnes.

C’était ma première rencontre avec l’Afrique.

Et l’Afrique me fascine toujours autant. Une fois rentré, je veux y retourner. Pour la comprendre plus encore. Parce que l’Afrique est complexe et difficile. Et je crois que l’inde est comparable en ce sens. On la déteste mais on l’aime. On veut la fuir mais on y revient. On ne la supporte plus mais on veut la comprendre. Elle nous fait rire mais on pleure. Elle nous fait hurler de douleurs. De dégoûts. Vomir. Elle nous envoûte par son côté mystique. Elle nous fait réfléchir quant à son evolution. Car l’Inde évolue. C’est un peuple intelligent, créatif, autodidacte. Un peuple qui sait avancer malgré des traditions culturelles très ancrées. La Chine ne fait que copier. L’Inde, elle, invente. Elle crée. Elle cherche.


Pour le voyageur occidental, l’Inde est un bouleversement. Difficile de décrire ce côté mystique. Ces croyances. Ce qui s’y passe. Les repères, nos repères d’occidentaux y sont inexistants. Plus de ressemblances, plus de similitudes. Nous ne pouvons d’abord qu’être spectateur de ce monde tellement different du nôtre. Impénétrable. Incompréhensible. Et puis le temps du voyage, on commence par se détacher de ces images difficiles. Elles font partie du quotidien. Elles sont dans l’Inde. Il me faut donc les accepter, les prendre comme un tout. Prendre l’Inde dans sa globalité. Il faut aussi s’arrêter, regarder les gens. S’apercevoir que chacun a sa place. Que même le mendiant recevra la pièce. Parce que, comme l’Afrique, l’Inde est solidaire. L’existence d’une vie doit être exemplaire et elle passe par l’amélioration de son Karma dans l’espoir d’accéder dans une prochaine réincarnation à une vie meilleure. C’est dans cette spiritualité que vivent les Hindous.


La chance d’etre lépreux et de bientôt mourir

Je suis assis sur ce ghat. Le Gandhi Ghat. Un lépreux vient se joindre à moi. L’homme paraît jeune. Je dis « paraît » car de son corps il ne reste pas grand-chose. « Le malheureux », me dis-je. L’homme ne me demande rien. Il vient ici se recueillir. Se laver dans les eaux sacrées de ce lac. L’homme parle anglais. Il me dit être heureux. Heureux d’être lépreux. Et il attend la mort qu’il espère proche maintenant. Car pour un lépreux, aprés la crémation, il n’y aura plus d’âme à être réincarnée dans ce corps. C’est une chance me dit-il d’être lépreux. Cela signifie la fin du cycle des vies et des reincarnations, le Moksha. Le Nirvana, la délivrance des souffrances de cette vie et de cette existence sur Terre.

Et l’homme me dit cela avec un lumière dans les yeux. Un regard illuminé. Ce regard comme quelqu’un qui parlerait d’un voyage qu’il va accomplir. D’un rêve qu’il va prochainement enfin pouvoir vivre. Je reste stupéfait. Que puis-je lui repondre ? Que chez nous, occidentaux, bercés dans une education judéo-chrétienne, nous ne parlons jamais de la mort, ce sujet tabou ? Que la rencontre d’un lépreux repousse les gens en arrière ? On ne parle pas de la mort parce que personne ne veut mourir. Et nous arrivons même à prolonger notre espérance de vie en tombant dans des extrêmes qui n’ont peut être plus de sens. Est-il raisonnable d’avoir recours à la greffe d’organe chez des personnes de 90 ans ? A quoi bon. Un jour ou l’autre, tout se termine dix pieds sous terre. Peut-être avons nous peur de mourir parce que nous avons peur de l’enfer. Peut-être quand l’heure est venue, regrettons nous de n’avoir pas eu le temps de faire l’essentiel ou d’avoir suivi ses propres convictions, ses propres rêves… Apres la mort, pas de vie sur Terre. L’Hindou a lui cette chance, s’il œuvre pour que son chemin sur terre soit meilleur, de se réincarner dans une personne plus riche, dans une caste supérieure. Alors a quoi bon avoir peur de cette mort ? De ce fait, quand on comprend cela, toute la vision qu’on peut avoir de l’Inde change alors. Il n’y a plus de souffrance. Il y a juste un passage sur Terre dans une enveloppe charnelle, d’un homme ou d’un animal. Qu’importe si cette vie est souffrance, la prochaine sera meilleure. Et la vie est éphémère. Question de patience. Notion du temps qui lui aussi est donc ici perçu de manière totalement différente.

Les petites boutiques de cette grande Inde.

Jaipur, il y a tout. Tous les produits qu’offre le monde sont là, dans un nombre incalculable d’echoppes aussi minuscules que la chambre minable de ma guest-house. Ici on répare les jantes de vélo. C’est tout. Pour les rayons, c’est au 207 de la même rue. Le marchand de pneus et de chambres à air, c’est encore un peu plus loin. Et pour les rustines ? C’est au 322. Une boutique par produit. Mais le type du 207, en connaît un rayon… en rayons. Peut-être a t-il fait une thèse sur le comportement mécanique à la torsion du rayon de velo ? Il connaît tout et, de tête, et il peut te donner la longeur des rayons pour une jante 36 trous de 698 mm de diamètre montée sur un moyeu de 44 mm pour un croisement par 3 !

Et il en va ainsi pour toute la ville. L’un vend des fruits, l’autre des légumes. A côté, on fait du jus d’orange. Derrière du jus de canne à sucre à la menthe fraîche et au citron qu’on peut acheter chez une petite marchande. Ici on vend des perles, là des bracelets. Une patisserie m’arrête et je déguste ces merveilleux gateaux au miel, au lait, à la pâte d’amande. Un homme répare les chaussures, un autre remet des fers aux chevaux. Derrière on fabrique des vêtements sur mesures dans des petits ateliers. Là on vend des marteaux. Ici des gamelles. Je reste scotché devant une boutique où on ne trouve que des Serflex. A côté on vend des piments et là du thé. Des tuyaux, des médicaments, des bijoux, des tôles ondulées…Un électricien refait les bobines des moteurs. Il achète le fil de cuivre dans une autre boutique. Des femmes se regroupent pour choisir des saris. Ici on brode, là on repasse le linge. Pas de sots métiers ! Et tout ce monde est extrêmement competent. La boutique est bien achalandée, tout le stock de la ville est là, inutile de chercher ailleurs.


Je repense alors à nos boutiques, nos centres commerciaux. On passe des heures à chercher un vendeur en rayon. Et quand je lui demande où sont les raccords 3 pièces en 20/27 au rayon plomberie, le vendeur désolé me répond qu’il n’en sait rien car il est stagiaire au rayon peinture. Alors je cherche. Et quand je trouve, je tombe sur une broche vide. « Mais dans trois semaines sur commande on peut vous avoir la pièce »... me dit-on.


Je crois qu’en Inde il n’y a pas ces gros patrons qui s’en mettent plein les poches. Fermons toutes les grandes surfaces et revenons aux petites boutiques, à l’épicier du coin… On devrait régler pas mal le problème du chômage…

 

Et pour la suite ?

Je ne sais pas. Au Pakistan, c’est tendu. Attentats. Reprises des conflits avec des extrémistes islamiques. C’est chaud. Et puis pour le moment, je me remets de quelques problemes de santé. En Inde, dans ces grandes villes touristiques, la vie est douce et on y trouve des pizzas ce qui change de l’éternel thali… Mais entre les villes, les conditions sont trop difficiles pour moi. J’ai attrapé une bactérie que j’essaye de combattre avec les medecins locaux. Aujourd’hui ça va mieux. J’attends un peu avant de changer… de selle !


Le Laddakh m’attire mais je dois d’abord me refaire la santé. Le moral est bon, et dans quelques jours j’ai 33 ans et je vais paser les 14.000 kilomètres de route à vélo. Et puis il fait beau. Alors… à suivre.

 

Bien à vous, Ben.

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Commentaires sur cet article
helene
Hello...
C est bizarre, mais ca m a fait du bien de lire ce mail...Du bien pour enfin relativiser sur la ptite tuile qui m arrive...Pied dans le platre en Indonesie (sic!!)depuis 15 jours...et encore autant de temps minimum...Pas facile de voyager dans ces conditions..Les medecins me parlent d une eventuelle operation...ca sentirait dans ce cas..la fin prematuree du voyage... j espere que ta sante va mieux...On pense bien a toi..et bon anniv...A bientot..ln
 

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