Ma mère de sable

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Mauritanie - Chinguetti
de Ben, le 29-07-2006

Ma mère de sable

Nouakchott, le 29 juillet 2006.

 Je suis allongé sur une dune de sable. Chinguetti. Sud de la ville. Le soleil se couche. Je tourne un peu la tête. Loin devant, derrière cette mer de dunes, Tombouctou. Plus à ma gauche, Taoudénit, la mine de sel. Plus loin, Tamanrasset. L’Algérie. Dans mon dos, le vieux Chinguetti va une fois de plus, se plonger dans le calme d’une nuit étoilée. Une fois de plus depuis le 12ème siècle. Pour seul bruit, la guitare électrique de Modou. Le rythme saccadé de la mélodie Mauritanienne annonce la période de fête de la guetna, la récolte des dates dans les oasis. Je ferme les yeux. Je me repasse le chemin parcouru depuis mon dernier passage ici. Il y a tout juste un an. Départ à vélo pour le Bénin. La piste de Chinguetti à Atar. Le désert. Solitude. Puis la concrétisation de mon projet, celui d’aller parcourir une partie du monde à vélo. Dans quelques jours le départ. Et puis, de manière plus proche, le départ de la région de l’Atlas au Maroc. Descente du Mont Toubkal. Les jambes encore courbaturées. La tête dans les nuages. Nous remontons les cols du Tizin’t n’test. La route est merveilleuse. Sinueuse. Traversée de petits villages. Vie à l’ancienne. Les bœufs comme outils de travail. Le four communal à pain. Le meule à presser l’huile d’olive. Le Maroc profond, si différent ici de Casablanca par exemple. Le fossé est énorme. Rupture d’un Maroc très conservateur dans les villages Berbères et ouverture des mœurs dans les grandes villes. Quand le voile devient mini jupe… Henri nous quitte à Agadir. Pas prêt pour ce voyage me dit-il. Le voyage de trop. Le vol de son vélo était-il un signe ? Un service rendu par un de ces Dieux lui soufflant de ne pas prendre cette piste ? Gregory le suit. Nous nous quittons en quelques minutes. L’ambiance est froide. Je suis surpris de leurs décisions brusques. Une rapide poignée de mains. Rien de plus. Pas un « Bonne route ». Pas un « Bonne chance »… A la fois, Henri et Gregory se sont engagés de la même manière dans cette descente. Rapidement. Presque sur un coup de tête. Et puis comme si c’était la journée d’acharnement, nous ne repartons pas. Arbre de démarreur cassé. En poussant la voiture, nous arrivons chez un électricien auto. C’est clair, on ne sera pas à Dakhla ce soir… Pour 200 Dirhams, on change tout ça. Je suis toujours perturbé par le départ de mes deux amis. Je ne comprends pas. Me remets en question. Et puis pour oublier, je me concentre sur la route et je plonge plein sud. Tiznit. Guelmin. Tan Tan… La nuit est tombée. Tout le monde roupille dans la voiture. Zone détaxée. Le plein de gasoil. La voiture ne repart pas. Je décide de redémontrer pour la énième fois le démarreur. Rien à faire. Alors nous repartons en poussant. Le démarreur dans le coffre. Problème d’alternateur cette fois… On roule sur la batterie. Les phares viendront arrêter notre route à une trentaine de kilomètres avant Boujdour. Je décide de remonter le démarreur. En fait, la boucle alternateur – démarreur – batterie était ouverte. On repousse mais à Boujdour, je m’écroule de sommeil. Alors nous dormons dans cette ville fantôme. Tous les quatre dans la 505. Ville déserte à trois heures du matin. A six heures, nous repoussons. Rien d’ouvert. Tout juste un café. Alors un cawa. En route pour les 600 kilomètres restant au Maroc. On réparera tout ça plus tard. A Nouadhibou ou pas. Frontière Marocaine. Sortie simple. Au revoir Maroc. Tu m’es si cher. Si riche. Rempli d’histoire, de culture, de richesses architecturales. Ton peuple est accueillant. Hospitalier. Généreux. Intelligent et ingénieux. Il fait bon vivre au Maroc. La Mauritanie ne sera pas aussi facile pour les garçons qui m’accompagnent. François est là. Ce suisse rentre chez lui, à Madagascar en moto. Type sympa. Nous nous lançons pour les quelques kilomètres de no man’s land séparant les deux frontières. Mieux vaut connaître. Bienvenue en Mauritanie. Depuis 2001, tout cela a bien changé. Moins de bakchich à payer. Plus de convoi militaire. On peut même prendre le visa à la frontière pour le même prix qu’à l’ambassade à Casa. Toujours les mêmes policiers. Les mêmes douaniers. Les mêmes gendarmes. On se connaît maintenant. Et ça aide un peu parce que mon visa n’est pas conforme : date du 14-07-2006 au 13-07-2006 ! Un coup de bic pour remettre 08… Nouadhibou. Bout du monde. Une ligne droite de goudron. Le reste des bidons villes. Un camp de réfugiés a même était installé depuis pour accueillir tous ceux qui échouent de leurs tentatives de passages vers l’Europe. Sénégalais, Maliens, Nigériens… Les piroguiers ne sont pas toujours honnêtes. Parfois la météo ou les erreurs de navigations font qu’ils n’atteignent pas les côtes des îles Canaries. L’autre jour une pirogue qui était partie de Nouakchott s’est trompée de cap et les pauvres Sénégalais se sont retrouvés à Saint Louis au lieu de Las Palmas ! Nous posons nos fesses sur les bancs des p’tits restos Sénégalais « Chez Awa » ou au restaurant de l’Amitié. Tieboudienne à 200 UM. 60 centimes d’euros. Je repense à ces types qui par désespoir tentent leur chance sur les pirogues. L’espoir fait vivre, dit-on. Mais je crois que le désespoir transcende. Quant on a plus rien à perdre alors on prend la mer. Ou un camion à Niamey ou a Agadez pour remonter l’Algérie. Passage vers le cimetière des bateaux. Carcasses rouillées. La mer les mange. Puis descente au bout de la pointe de NBD (Nouadhibou). Cap blanc. Pas de phoque cette année. Juste une grosse épave échouée ici. Les boubous volent au vent. Les Renault 12 font des va-et-vient le long de ville. Plage à Cabanon. Abattoir des dromadaires. Auto école dans les dunes des plages. Boutiques de téléphones portables. Chemises Zara. Poussière. Cohabitation entre blacks et blancs. Ca débrouille ici comme on dit. Chacun essaye de faire tourner sa petite boutique. En espérant des jours meilleurs. En Europe. Nous prenons la route vers Nouakchott. Le goudron est bon. Halte à Tijeritt. Rencontre avec le petit frère de Maloum. Thè à la menthe dans une famille rencontrée l’année passée. Nouakchott. Auberge Ménata. Zeitouna est là. La 505 est déjà vendue à mon ami Ahmedou. Nous repartons vers Atar. Il fait chaud. La route est longue. Direction Atar. Puis Skar Tarchan. La famille de Moustapha est maintenant installée à NKT. Nous sommes accueillis chez d’autres amis. L’hospitalité Mauritanienne. Hommes généreux. Premières boulettes de riz à la main pour mes amis. Moments en famille. Les enfants nous sautent sur le ventre. Beaucoup de tendresse entre le Papa et ses enfants. La vie est difficile ici. Mais le bonheur est là. Dans la simplicité des choses. Dans l’équilibre des gestes ancestraux. Les chèvres partent avec le berger. Les oasis permettent la vie. On attend la Guetna. Pluie fine. 45°C. Litres d’eau entre verres de thé. Entre verres de Zrig (lait sucre et eau). Marché aux moutons. Nous prenons la piste vers Chinguetti. Arrêt dans la passe d’Amoujar. Le mouton nous file entre les pattes. Longue course. Très longue course à pied sous le soleil jusqu’à l’épuisement de la pauvre bête. Arrivée à Chinguetti. Famille Hamadi. Zénabou. Abdi. Toutou. En route pour l’Oasis de Ti Koun Kount. Grappes de raisin. Dates. Verres de thé. Eau fraîche du puit. Nuit douce à regarder les étoiles. A fermer les yeux lourds de fatigue. Etoiles filantes. Vœux d’amour. Le soleil n’est pas levé. Nous oui. En route pour un repas de famille à Tin Labbé. Région de Ouedanne. La 505 est pleine. J’emmène la famille rencontrer la grande tante. Beaucoup de similitude avec nos traditions françaises au final. On apporte des dates. Le vieu est au bout de la natte. Tout le monde parle. On mange. Méchoui de mouton. Plats. Re plats. Ballade digestive dans l’oasis. Visite de Ouedanne en famille. On joue aux cartes. Photos. On repart tout aussi chargé de dates… Le temps d’une nuit à Chinguetti il nous faut faire la route dans l’autre sens. Je m’en veux de ne pas pouvoir rester ici quelques jours de plus. Sale coutume à la française que de courir tout le temps. Je reviendrais ici. Je le sais. Passer du temps pour me laisser porter par la douceur de la vie dans le désert. Pour revenir aux choses simples. Ces quelques jours me donnent de la confiance. Ce petit périple d’avant ma boucle à vélo me donne aussi une certaine assurance dans le voyage. Je suis pour partir. Dans ma tête et dans mon corps aussi. Mon dos tiendra. Parce que j’ai rêvé ce voyage. Je retrouve Med Salam à NKT. Retrouvailles au même endroit d’où nous nous étions quittés l’année dernière. Ballade dans le marché cinquième. Impressionnant. NKT me surprendra toujours. La fin du voyage est là. Cet après midi nous partons dans la famille d’Ahmedou. On égorgera une chèvre pour notre départ. Le temps d’attendre notre avion. Je pense cette nuit. Pas sommeil. Je suis impatient de connaître la finalité de mon tour à vélo. Qu’est ce que ce voyage de plus m’apportera ? Réponse dans quelques milliers de kilomètres. Nicolas nous quitte. Route qui continue en Afrique. Saint Louis. Bamako plus tard. Seul maintenant. Bonne route à toi l’ami. Tu est sous une bonne étoiles. Tu es dans les rails. Fonce maintenant. Moi je rentre. Mais c’est pour repartir à vélo. J’ai trouvé ce que je suis venu chercher ici.

 Ben.

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