Entre les Montagnes de l'Everest et des Annapurna

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Népal - Visage blanc et Népal
de Ben, le 05-04-2007

Entre les Montagnes de l'Everest et des Annapurna

 
 
Visage pale et Népal,




Noor Mohamed An Sari, l’enfant de Patan

Il est tard. La nuit est déjà tombée. Je me lance dans l’immense Katmandou. Ne sachant pas vraiment ou aller. Juste a la recherche d’une malheureuse Guest House pour passer la nuit et y voir plus clair demain. Le trafic est infernal. Dangereux même. Je regarde ou sont placés la majorité des volants dans les voitures. A droite a priori. On doit donc rouler a gauche. En théorie... Mais en pratique on fait comme on veut dans Katmandou ! On force. On tourne s’en regarder. Pas de lumière. Pas de code… Juste avoir de la chance, du courage et peut être un peu une part d’inconscience.
 
L’air malgré la fraîcheur que j’apprécie, est totalement irrespirable. La pollution des Touk-Touk, des camions et des motos rend la nuit encore plus profonde. Je ne pense pas être dans Katmandou, mais une ville presque aussi importante, Patan.
 
Un jeune garçon me suit avec son vélo sans frein. Je lui demande la direction du Thamel, le quartier populaire de Katmandou pour trouver le refuge. Lui demandant de m’indiquer une Guest-House, il m'invite chez lui. Je terminerais par le suivre dans des ruelles noires, ne sachant absolument pas ou je suis.
 
Et puis on arrive au pied d’un petit immeuble et finalement sa pièce. Unique. Un lit. Un réchaud. Une bassine et trois gamelles. Une télévision et une vieille machine à coudre. Noor Mohamed a dix huit ans, il est musulman. Sa famille vit dans le sud est du pays. Il est venu ici avec ses frères pour travailler comme couturier. Parfois a la confection de tous ces vêtements « Baba – Cool » que l’on trouve partout sur nos marchés en France et ailleurs en Europe, parfois dans des ateliers de broderies sur des saris de soie ou en patchmina (cachemire et soie).
 
Il travaille de 8 heure à 21 heure, 6 jours sur 7 pour 27 euros par mois. Noor Mod est amoureux de Ness. Une jeune Hindou de son village natal. Leur union est impossible. Son rêve serait qu’elle vienne vivre à Katmandou. Mais si leurs parents respectifs apprennent leur relation, le pire risque d’arriver pour Ness.




Katmandou

Je quitte Pong devant la porte d’embarquement à Bangkok. C’est drôle, j’ai un étrange sentiment aujourd’hui. Celui de prendre un nouveau départ. Ce sera le premier vol en avion. Je quitte l’Asie du sud est pour venir au Népal. Katmandou. Je sais que ce que je vais vivre maintenant va être fort. Beaucoup plus qu’en Asie. A vrai dire, j’avais hâte. Retrouver la nature, les grands espaces. Ma solitude qui me va bien finalement. Ne plus me presser tout le temps. Retrouver des pistes et des montagnes. Et capter toutes les images fortes de la vie de ces pays, des ces nouvelles destinations. Il est vrai que de prendre l’avion, ça ne me plait pas plus que ça. Mais franchir par voie terrestre la Birmanie, c’est vraiment trop compliqué. Moi qui aime les lentes translations, là je vais faire un sacr
é bon. Changement brusque de climat, de culture, de relief, de monde presque… Je m’envole donc, le vélo dans la soute. J’aperçois les hautes montagnes de l’Everest qui sortent des nuages. C’est magique. Pureté absolue.
 

Katmandou. La foule s’agglutine autour de moi pendant que je remonte mon vélo. Le temps de finir tout cela, il fait déjà nuit.
Putain ! Katmandou, c’est le choc. Mais qu’est ce que je suis allé faire en Asie du Sud-Est ? Le Népal, l’Inde pour plus tard, sont de véritables sources d’inspiration, des mines d’Or pour le voyageur. A chaque coin de rue il y du beau a voir. C’est puissant, révélateur. Tout ce mélange de cultures, de croyances. Si complexe a comprendre, a saisir. Hindouisme, Islam, Maoïsme, Chamanisme, Bouddhisme… Je ne veux pas dire que l’Aise du Sud-Est m’a déçu, loin de la cette idée. C’était un passage très agréable de mon voyage. Simplement la beauté de ces paysages au Vietnam, Laos, Cambodge et Thaïlande, les formidables rencontres, l’hospitalité de tous ces gens, leur gentillesse, font que de ces pays des destinations reposantes pour l’esprit. D’ailleurs, depuis ma sortie de la Mongolie, celui-ci n’est plus en effervescence. Plus véritablement stimulé. Je me suis laiss
é a la douceur de la vie Asiatique. Repos dans le voyage. Et puis soudain tout redémarre ici, au Népal. Un pays qui te permet de te remettre en activité, de te poser des questions. Un pays qui te fascine. Un pays mystique même. Se retrouver face aux Bonzes, ces moines Bouddhistes, est une chose vraiment marquante. La rencontre ne laisse pas indifférent. Les Bonzes que j’ai rencontré en Mongolie, au Tibet et maintenant ici (dont la plupart de ces moines viennent du Tibet) dégagent une sagesse extraordinaire. Une puissance de croyance. L’Illumination par définition même. En Asie du Sud-Est, les moines semblent moins porter la foi. Leur comportement m’a souvent surpris : tatouage, cigarette, téléphone portable pendant les prières, regards détournés sur les fesses des jeunes touristes, sex.com au cybercafé. Curieux comportement bouddhiste…

Je me rends à Pashupatinath. Temple Hindou. L’Hindouisme est d’une extrême violence. Je suis très choqu
é. Rencontre des Sâdhus, ces « Babas » aux longues dreadlocks, fumant le sinsemilia dans leur chilom. Les corps des hommes sont blanchis d’un colorant. Les visages sont peints au rouge orange. L’odeur de l’encens qui imprègne le temple est puissante. Et puis il y ces gens qui s’afférent autours du bûcher pour préparer une crémation. Les bûches s’entassent pendant que le corps du défins qui repose dans un sari jaune est purifié avec de l’encens. On porte sur son front des bandelettes de papier portant des prières Hindouistes. A coté un brasier termine de se consumer et les cendres sont jetées dans le Bagmati, la rivière qui coule au pied des ghâts. Etre ainsi « parachuté » dans cette culture religieuse très forte, très pressente, que je ne connaissais pas, est pour moi difficile à supporter. L’ambiance qui règne ici est à des années lumières de tous nos repères. C’est très déroutant. Très perturbant. Poignant a la fois.

Pour me remettre de ces émotions, je me plonge dans le fond d’une gargote et je m’enfile des gâteaux au miel et quelques verres de thé parfumé au gingembre. Je me rends à Bouddhanath, le grand stupa de Katmandou, ou des milliers de khaddags multicolores portant d’anciens écrits tibétains flottent dans le vent. Je regarde les yeux enivrants du Bouddha. Je fais le tour avec la marche de ces pèlerins, Tibétains pour la plupart, réfugi
és ici depuis les événements avec la Chine. La spiritualité qui se dégage de l’édifice me saisit encore une fois. Je rentre dans le chao de la circulation au travers des ruelles du Thamel dans le vieux Katmandou. Je retrouve Noor Mod et nous regardons l’ouverture de la coupe du monde de cricket pour me remettre de toute cette journée inoubliable.




Comment leur dire ?

Dans la famille de Noor Mohamed An Sari nous prenons beaucoup de photos. Avec ses copains, dans les ateliers de couture, avec sa famille, ses parents. Noor Mod rêve de venir en France pour travailler. En France, en Europe ou comme beaucoup de Népalais actuellement, au Qatar. Je sors de l’ambassade de France et les informations que je viens d’obtenir quant aux possibilités de venir en France pour les Népalais, comme pour tous les étrangers d’ailleurs, sont très minimes depuis une politique intérieure qui s’est durcit depuis quelques années. Sans compte en banque bien garnit, sans situation professionnelle très établit, sans la maîtrise de la langue, sans famille ou parents d’accueil, les chances sont nulles pour obtenir un visa qui coûte plusieurs mois de salaire d’ailleurs… Alors Noor Mod et tous ses amis qui travaillent dans les ateliers de confection me demandent comment faire pour venir ? Comment je pourrais les aider ? Tous sont persuadés de pouvoir venir, de trouver l’Eldorado, de vivre et de faire fortune. Et il y a de quoi. Ils voient tous ces marchands qui viennent d’Europe, acheter ces vestes, robes, pantalons… Ils me voient avec un appareil photo, un vélo et une année de vacances à vivre s’en travailler sur des économies que j’ai pu faire… Alors comment répondre à toutes leurs questions ? Que répondre quand ils me demandent le prix du Nikon qui doit coûter plusieurs années de salaire pour eux et autant encore pour mon vélo… Comment leur dire que leurs copains partis au Qatar triment comme des bêtes pour gagner de l’argent, comment ils vivent dans des conditions lamentables, pour des travaux risqu
és, dangereux pour la santé ? Je sais, je vois comment ils vivent ici, dans ces ateliers de confections. Je sais combien ils gagnent. Quel argument trouver quand là-bas, ils vont pouvoir gagner 30 euros de plus par mois…








Mon petit trekking dans les Annapurna

Venir au Népal et ne pas partir sur les chemins du toit du monde n’était pas concevable. J’accorde donc quelques jours de liberté et de repos à ma bicyclette, baptisée « L’Endurance » et je me décide de partir dans les Annapurna. J’entre dans une agence en faisant un peu le « neu-neu » histoire de prendre toutes les infos. Trois possibilités s’offrent moi. Soit le grand circuit de 20 jours autours des Annapurna. Il faut un guide et un peu de matériel. Soit un départ en avion vers Jonsom et je rentre a pied vers Pokhara. Ou le petit circuit entre Gandrug, Gorepani, l’ascension de Poon Hill et un retour a Naya Phul. Je me décide pour ces 5 jours de solitude et de marche a pieds… Je ne prends pas de guide finalement et avec une sangle je m’improvise un sac a dos avec une des sacoches de mon vélo. Me voila donc parti sur ces chemins. Tout est bien organis
é. Pepsi et Pizza, Guest House et Internet dans tous les villages. Les chemins sont pavés, des escaliers en pierre sont aménagés dans les parties difficiles. Bon, c’est tout de même beau. Les parents de My qui sont venus dans ces régions au début des années 90, me disaient qu’ils avaient été hébergés chez une vieille Népalaise, très intriguée par le poste de radio et du son qui pouvait en sortir. Aujourd’hui les Mamies Népalaises communiquent d’une vallée a l’autre en s’envoyant des SMS… En 15 ans tout a changé. Le tourisme s’est considérablement développé et une route est en construction pour rejoindre Jonsom… Seul le toit du monde reste difficilement accessible. La montagne et la mer restent les seules parties de cette terre qui résistent aux Hommes. Mais pour combien de temps ? En Chine, dans les montagnes sacrées, ont peut accéder au somment par hélicoptère et téléphérique. J’espère que le Dhaulagiri et l’Everest ont encore de beaux jours devant eux…

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