De Cernivci a Kiev

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Ukraine - Sur les Routes d'Ukraine
de Benoit, le 19-09-2006

De Cernivci a Kiev

  Kiev. Le 18 septembre 2006.

Le fleuve Dniepr coupe Kiev en deux. Je campe sur une île, en plein coeur de la capitale. Un peu comme l'Ile de la Cité à Paris ou celle de Manhattan à New York...

Les péniches passent paisiblement. Et moi je me repose un peu avant de reprendre ma route vers Moscou. Le drapeau bleu et jaune ukrainien flotte dans cette brise fraîche. Son bleu se noie dans les couleurs du ciel. Le jaune lui, disparaît de jour en jour dans les couleurs des forêts des feuillus qui se teintent d'un automne déjà bien présent.

Sur les places des villages, Lénine est toujours là. Ici en long manteau, marchant d'un pas déterminé vers l'avenir. Là-bas en bleu, couvert d'une casquette de travailleur... Au pied de la statue, les jeunes filles en mini-jupe et talons-aiguilles s'échangent des revues de mode et envoient des textos avec leur portable dernier cri... Les jeunes hommes passent en jeans et lunettes noires et regardent avec admiration et envie les quelques voitures étrangères qui passent. L'homme de la place, du haut de son socle, tousse dans sa barbichette blanche. Les époques changent. Mais le décor des villes est resté le même depuis les années 60. Les petits enfants, en uniformes, jouent dans les cours des écoles sur des portiques et des cages à poules. Tout l'urbanisme, les routes, les bus et les trains, les administrations, datent de l'époque du communisme. Difficile donc de s'y retrouver. 

"L'Ukraine n'est pas encore morte". Ces premiers vers de l'hymne national ukrainien peuvent sembler peu engageants en effet. Pour un simple voyageur comme moi, difficile de dire si l'Ukraine vit ses dernières heures ou bien si elle retrouve un second souffle. Les contrastes sont énormes entre les campagnes et les grandes villes comme Kiev, Cernivci, Vinnycja... Cependant, l'accueil chaleureux des habitants, l'architecture admirable et le charme des grandes steppes sont autant d'atouts qui resteront à tout jamais dans ma mémoire. On ne me laisse pas dans le froid. Il y a toujours une soupe grasse pour moi avant de reprendre ma route dans les brumes du matin. Que de rencontres déjà ! Nicoliev m'aborde dans la rue. Mon vélo l'intrigue. Il me guide dans Cernivci. M'invite au restaurant. Me souhaite simplement bonne route. Sacha et Luda m'offrent la cour de leur ferme pour une nuit. Le repas aussi. De la chaleur tout simplement. Malgré la langue, nous arrivons à nous comprendre. La vie de la campagne en Ukraine, comme en Roumanie, relève d'un défi à la survie humaine. On vit en quasi autarcie. Un cochon, une vache. De la terre. Du courage, de la volonté. La foi...

Je m’offre un champ qui s’étend à perte de vue pour une nuit. Sergey vient me rendre visite. Les mains pleines de produits de sa ferme. Ses yeux voudraient me dire tellement de choses. Mais sa présence me suffit. Le lait gras de la traite est encore tiède. Une équipe d’électriciens du réseau national travaille sur les transformateurs des lignes venant de Chernobyl. Ils m’invitent à partager la gamelle de chantier avec eux. Une bonne équipe. Je pense alors fort à mon Papa qui serait bien heureux d’être là, avec moi, d’échanger avec ces gars et de parler des lignes électriques…

Je ne suis pas en retard sur les routes. J’avance bien. Alors je prends la direction du nord. De Chernobyl. Le paysage change doucement. Se vide. Plus de ville. Plus de village ou si peu. Déserts pour la plupart. Ecoles en ruines, maisons abandonnées. Plus de circulation. Forêts, champs en friche… La route s’arrête dans cette caserne de militaires. Les hommes contrôlent le secteur autour de la ville, dans un périmètre de 30 kilomètres. On ne passe pas. De toute façon, il ne faut pas aller là-bas mon gars, la terre est mauvaise, c’est radioactif en plus ! Alors je reste au poste. Dans la cantine il y a une machine sur laquelle on monte et qui mesure notre niveau de radioactivité. Les militaires ne veulent pas être affectés à la caserne de Chernobyl. " C’est mauvais pour notre santé " me disent ils. 20 ans après encore, tout est complètement contaminé. Surveillé. Mais quatre des réacteurs tournent toujours. Les lignes passent au-dessus de nos têtes. Et les medias français annoncent que tout est rose maintenant à Chernobyl.

Le pays est considérablement industrialisé mais, hors de la grisaille des villes, je trouve encore nombre de petits villages où les clôtures en bois, les mares peuplées de canards et les charrettes surchargées tirées par des chevaux donnent l'impression que le temps s'est arrêté. Dans cette Ukraine pourtant moderne, même Kiev, la capitale, regorge de trésors d'art et d'architecture gothique, byzantine et baroque, héritage des nombreux monarques étrangers qui s'y sont succédés. Cathédrales ayant défié les siècles, musées d'architecture traditionnelle à ciel ouvert, grottes abritant des momies de moines ou mosaïques superbes.

Et puis et surtout, le rêve est la. Comme je l’attendais. Comme je le vivais déjà depuis ma plus tendre enfance. L’aventure. Ma liberté sur mon vélo. La découverte de ces gens. De leurs us et coutumes. De leur langue et de leur lueur d’espoir dans leur yeux. De leurs mains de travailleurs. Tout est là. La part d’improvisation aussi m’excite plus chaque jour. L’appel de la route, comme les marins vivent l’appel du large. Oui, c’est comme dans mon rêve de gosse. Je m'endors chaque soir heureux. Je regarde le soleil à l'ouest qui se couche toujours trop tôt. Mes pensées s'envolent alors pour mes proches. Pour mon amoureuse.

Mais il y a plus encore.

C’est un rêve qui va encore plus loin pour qui ose s’y lancer et s’y attarder. Le temps passe. Les heures de solitude travaillent le corps et l’esprit. On pense. On voyage sur les routes mais aussi dans les moindres recoins des méandres de ses pensées. Profonde introspection. On s’apprend. On se découvre. On découvre alors de quoi on est véritablement fait. Ou de ce dont on n’est pas fait justement. Et on est alors forcé de reconnaître ses limites. Limites souvent masquées en France. Plus d’artifice. En tête à tête. Seul à seul. On affronte ses peurs et ses démons. On est en lutte permanente entre la force de l’esprit et celle d’un corps fatigue. On s’affûte. On devient sensible à tout. La moindre brise nous éveille. La coupure du matérialisme nous rend alors plus proche de la vie. On voyage au coeur des choses. Simplement. On regarde la vie de plus près. Le corps travaille. Il se plonge dans les eaux froides des lacs et devient gourmand de la graisse de porc. On rentre alors dans un autre voyage. Dans une autre façon de découvrir le monde. De découvrir simplement la vie avec des moyens authentiques, réduits à la corde.

 L’Ukraine me laissera un souvenir différent bien entendu de la Roumanie. Plus vaste. Plus vide. Plus froide… Mais passionnante pour autant. Je vais rouler demain vers Moscou. Moscou que j’attends car Moscou marquera un nouveau départ dans ce voyage. Le grand Est. La Mongolie, la Chine. Une autre page, un autre chapitre.

 Je roule. La route est pour moi. Mon rêve est là. Bien à vous qui me suivez, Benoît.

 

 Quelques petites news en vrac : Plus de GPS. Pas grave en soi, mais pour les écoles ça m'ennuie un peu. Une soudure de cassée sur mon porte-bagages avant. Capel tu vas te faire tirer les oreilles ! Deux trous en plus dans la ceinture de mon pantalon. La rubrique " On the Road "est à jour pour qui veut me suive de manière plus précise...

 

 

 

 

 

 

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